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L ’ART sauvera le monde

Par Madame Hamida M’HAMSADJI AGSOUS,
Commissaire du Festival


ENVIRONNEMENT ET SURCONSOMMATION

’art a toujours été le reflet d’une époque et de la sensibilité des hommes et des femmes qui la vivent. Notre époque est, depuis près de deux siècles, basée sur la consommation à outrance. Née avec la révolution industrielle, cette consommation est allée crescendo sous la pression des industriels, quel que soit leur domaine d’intervention.

Qu’ils soient dans l’industrie énergétique, sidérurgique, mécanique, pétrochimique, textile, agroalimentaire, etc. tous rivalisent d’ingéniosité pour innover et créer sans cesse des produits nouveaux dans le but d’accroître leurs profits.

Cette course au profit a atteint un point tel que, de nos jours, de plus en plus de produits sont programmés pour ne pas subir de réparation ; ils ne peuvent qu’être jetés et remplacés par des produits neufs. Les magnats de l’industrie d’aujourd’hui ne visent que la production à court terme. Le long terme ne les intéresse pas parce qu’il menace leurs profits. C’est ainsi que se sont développés dans tous les pays des espaces dédiés à la «casse» où sont jetés, pêle-mêle, carcasses de véhicules, objets divers, meubles estropiés, etc. tandis que les déchets et résidus de l’agriculture et des industries de biens de consommation grossissent les décharges publiques qui empoisonnent l’atmosphère des villes.

Le monde connaît donc depuis quelques décennies une période de surconsommation et de gaspillage dont les conséquences néfastes sur la nature et l’environnement menacent l’humanité ellemême. En effet, pour se développer davantage et produire toujours plus, l’industrie a surexploité les ressources de la terre et de la mer et créé ainsi un dangereux déséquilibre écologique dont on commence aujourd’hui à mesurer l’impact sur la faune, la flore et la survie de l’homme.

Il ne faut cependant pas croire que ces menaces ne pèsent que sur les populations des pays développés. Puisqu’avec l’essor des moyens de communication et les effets de la mondialisation, même les populations des pays moins développés ont acquis les mêmes habitudes de consommation. Cependant, la récession économique est venue rappeler à l’ordre le monde entier et lui faire prendre conscience que le surdéveloppement et l’exploitation effrénés des ressources naturelles le mènent tout droit à sa perte.



PRISE DE CONSCIENCE ET STRATEGIES DE DETOURNEMENT

Depuis le début des années 2000, certains ont compris qu’il fallait agir pour atténuer cette course folle au gaspillage, en créant des biens de consommation rationnels et des objets économes, utiles et fonctionnels, sans sacrifier ni la qualité du produit ni l’environnement naturel.

Cette prise de conscience a déjà été vécue par le passé durant les périodes de guerre, de conflits ou d’occupation coloniale et même, plus loin encore, dans l’histoire de l’humanité, lors de situations de pénurie alimentaire ou de «disette». Les populations ont dû alors trouver des solutions de rechange, inventer l’art et la manière de faire du neuf avec du vieux et réutiliser les restes au lieu de les jeter.

C’est ainsi que la Seconde Guerre mondiale a donné naissance à de nouveaux métiers tels les «chiffonniers» qui collectaient les vieux vêtements et les chiffons pour la fabrication du papier. Les ferrailleurs qui récupéraient les métaux utiles pour la fabrication d’armes ou de rails de chemin de fer… ou encore les «détricoteuses» qui reprenaient les vieux pullovers en laine tricotés pour les défaire complètement et remettre la laine en pelotes pour la fabrication de chaussettes.

Vers la fin des années 1940, dans de nombreux pays à l’économie ruinée par la guerre, les piles usagées sont récupérées pour le zinc qu’elles contiennent. Les boîtes de conserve étaient réutilisées en tant que timbales et de nombreux produits de consommation, notamment alimentaire, sont soit remplacés par des produits de substitution, soit fabriqués dans les maisons. C’est ainsi que nos grands-mères ont appris à griller les pois chiches secs pour les réduire en poudre et remplacer le café devenu denrée rare. Elles préparaient elles-mêmes leurs tomates séchées pour en faire du concentré. Les olives étaient salées dans de la saumure maison… Les confitures, quand on avait de la chance d’avoir du sucre, on les faisait soi-même… Le pain, le couscous, les pâtes ne provenaient pas de la boutique du boulanger, ou de l’épicier... Les vêtements, la literie, les tapis étaient confectionnés à la maison.

Bien sûr, pour leur fabrication, tous ces produits demandaient une certaine matière première qui, lorsqu’elle venait à manquer, obligeait les populations et, plus particulièrement, les femmes à mettre en oeuvre toute leur intelligence, tout leur génie et tout leur savoir-faire pour trouver l’astuce ou le «truc» leur permettant de nourrir, vêtir et soigner les membres de la famille, même en période de «vaches maigres». Ces astuces consistaient la plupart du temps à donner une seconde vie aux produits du quotidien en réutilisant la matière sous une autre forme.

Par exemple, transformer de vieilles chemises en vêtements pour enfant, garder les chutes de tissus pour en faire de petits tapis ou des couvre-lits… Des bouteilles en verre sont coupées grâce à une astuce (tremper un morceau de fer chauffé dans une bouteille contenant de l’eau surmontée d’un peu d’huile : le verre sera coupé à la limite de l’huile) pour les transformer en verres de table, etc. D’ailleurs, la technique du patchwork, tradition multiséculaire pratiquée aux Etats-Unis, au Japon et remise au goût du jour en Europe au XXe siècle, existait déjà dans l’Inde, la Perse et l’Egypte antiques. Ce n’est qu’avec les Croisades que l’Europe découvre ces drôles de compositions textiles ramenées depuis la Palestine jusqu’en Italie. Puis, vers le XVIIIe siècle, la pratique du «patchwork» ou «kilt» (comme le nomment les Américains) s’est beaucoup développée au Royaume-Uni et a fini par arriver en Amérique dans les «bagages» des migrants vers le «Nouveau Monde». On peut donc dire que bien avant Lavoisier, on savait déjà que «rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme».

Les difficultés économiques que connaissent la plupart des pays depuis quelques années ont instinctivement réveillé ces anciens reflexes de prudence mais aussi développé la recherche d’astuces, de trucs qui permettent de mieux gérer les ressources des ménages tout en veillant à la protection de l’environnement. Tout le monde sait que le sac en plastique est en fait un matériau qu’il faut réutiliser : il est très nocif pour l’environnement car il met entre 100 et 400 ans pour disparaître dans la nature ! S’il est incinéré, il dégage des fumées chimiques qui provoquent cancers et maladies respiratoires. S’il est abandonné dans la nature ou les décharges, les produits chimiques qui le composent sont également très mauvais pour les sols et, donc, l’agriculture mais aussi pour les animaux qui peuvent l’ingérer.

L’AFRIQUE A L’AVANT-GARDE

Pourtant, c’est en Afrique que les sacs en plastique ont su faire valoir leurs atouts, en offrant depuis plus de quinze ans une nouvelle ressource valorisable économiquement. A Ouagadougou (Burkina Faso), les femmes recyclent la matière polluante qu’est le plastique et lui permettent de renaître sous forme d’objets utilitaires de longue durée. La fibre plastique est tissée, tricotée, crochetée pour créer des animaux, des jouets, des tapis, des sacs, des bijoux. Elle peut aussi, grâce à un procédé créé par un inventeur du Burkina, être moulée pour remplacer le bois, le ciment ou même l’asphalte des routes.

Depuis la fin des années 1990, des femmes ont donc appris à collecter, trier, laver les sacs en plastique pour fournir des usines de transformation qui mélangent le plastique fondu à du sable et fabriquent un nouveau goudron moulé en forme de pavés adaptés à la construction des routes. Ces pavés moulés, plus résistants que les pavés classiques et quasiment insensibles aux chocs thermiques, reviennent également beaucoup moins cher, si bien que les usines de production de pavés se sont progressivement développées dans toute l’Afrique et s’exportent désormais jusqu’en Asie.



Au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Togo et ailleurs, les sacs en plastique récupérés sont devenus au fil des ans une véritable matière première. Et les entreprises de recyclage de sacs en plastique ont toutes démontré au cours des dernières décennies leur pertinence tant sur le plan écologique que sur le plan économique. En effet, si ramasser les sacs en plastique polluant les villes et villages est bien sûr bénéfique pour l’environnement, leur revalorisation en nouveaux produits finis alimente également l’économie locale.

On voit ainsi que l’Afrique a su, de ce point de vue-là, trouver des solutions par elle-même : au lieu d’opter comme certains pays européens pour l’interdiction de la production et de la commercialisation des sacs en plastique, elle a mis en place des stratégies de recyclage et des programmes d’économie circulaire.

D’autres matériaux tels que les pneus, les cannettes, les vieux journaux, les cartons, les bouteilles, le bois de palettes et bien d’autres encore sont réutilisés pour donner une seconde chance aux produits du quotidien et deviennent une source d’inspiration inépuisable.



FAIRE DU BEAU AVEC DU VIEUX

Si bien que de nouvelles tendances sont apparues dans l’art. Elles s’inscrivent dans une démarche écologique qui présente le double avantage d’offrir, d’une part, de véritables atouts esthétiques et, d’autre part, de préserver notre environnement. A partir de matériaux ou d’objets qui ont déjà servi et qui sont détournés de leur usage habituel, des artistes créent des statues, des tableaux ou des objets esthétiques, souvent des oeuvres reconnues comme étant de grande valeur.

Tout un monde a pu naître à partir de la récupération, qui est devenue un art du détournement et du recyclage. L’artiste a le pouvoir de donner une seconde vie aux objets de l’univers technologique ou mécanique.

Le RECUP’ART apparaît donc comme une forme de résistance à l’envahissement par les objets dans notre environnement. En faisant du «beau avec du vieux», l’artiste arrive à concilier la technique et l’art. Ou tout au moins, il réussit à démontrer, par ses créations, la primauté de l’art sur la technologie, de l’homme sur la machine, puisque de la dépouille mécanique il fait naître l’oeuvre d’art.


QU’EN EST-IL CHEZ NOUS ?

Cet art de la récupération est une véritable philosophie en soi puisqu’il permet de résister au monde industriel avec ses déchets envahissants qui grignotent chaque jour un peu plus l’espace vital des Hommes. Le recyclage artistique, bien qu’étant une forme assez récente d’art contemporain, a tendance à devenir une véritable mode dans les pays à forte production industrielle.

En Algérie, comme ailleurs en Afrique, on ne peut que se réjouir de cet engouement pour l’art de la débrouille, pour la philosophie de la récup’ dont nos populations ont toujours fait preuve, même si la motivation première, liée à la nécessité, n’a pas toujours eu de rapport avec la préservation de l’environnement.

Nous avons tous admiré l’ingéniosité de ces jeunes enfants qui fabriquent eux-mêmes leurs jouets avec tous les matériaux qui leur tombent sous la main. Nous avons également évoqué, plus haut, la dextérité de nos mères et de nos grands-mères, ces véritables championnes de la transformation, du recyclage et du détournement d’objets… Eh bien aujourd’hui encore, et peut être plus qu’il y a quelques années, tous les esprits inventifs rivalisent d’ingéniosité pour créer à partir de restes, de rebuts, de déchets…

Les femmes particulièrement nous ont étonnés par leur habileté et leur savoir-faire à créer des chefsd’oeuvre avec des «riens» : de vieux journaux donnent des objets utilitaires ; des cartons sont transformés en meubles ; des chutes de tissu ou de cuir deviennent des sacs ou des couvertures ; des coquilles d’oeuf ou des CD cassés servent à créer des bijoux ; les résidus du palmier (que l’on brûle en général) sont utilisés dans la fabrication d’objets décoratifs ou utiles dans la vie quotidienne, et à partir de bouts de bois jetés par les menuisiers, on fait naître des jouets…

Vous la verrez peut-être marchant au bord de l’eau, même en plein hiver, les cheveux collés au front par l’humidité marine, à la recherche de bouts de bois blanchis et délavés par les vagues ; c’est le «bois flotté» par lequel elle va donner libre cours à son imagination pour créer de jolies statues.

Cette autre consacre ses après-midi à courir les entrepôts des grossistes en alimentation générale, des marchands de matériel électronique ou de tous les commerces qui cherchent à se débarrasser des cartons qui les encombrent. Elle, ces cartons feront son bonheur : elle les transformera en coffrets, en bancs, en chaises, en petites armoires…

Et cette autre encore qui «écume» les imprimeries pour y récupérer les déchets de papier qui lui servent à imaginer même des instruments de musique qui «peuvent fonctionner !», nous dit-elle. Difficile de citer toute la diversité des oeuvres réalisées par ces femmes que nous avons rencontrées et de parler de leur génie, de leur habileté et de la passion avec laquelle elles nous expliquent leurs «trouvailles», leurs astuces pour créer toutes sortes d’oeuvres ou d’objets : compositions, luminaires, meubles, bijoux, accessoires de mode ou de la vie de tous les jours…

Leurs talents sont multiples et variés, et il faudrait sans doute plus qu’une édition de festival pour rendre compte de l’éventail des matériaux de récupération qui leur servent de matière première, et de tout ce qu’elles peuvent en tirer.

Il y a là l’indice d’un véritable gisement auquel les industries de transformation devraient s’intéresser.

Le Festival n’a pas pu, et ne peut, découvrir les travaux de toutes les créatrices que recèle notre pays et qui excellent dans ce domaine. Elles sont nombreuses celles qui reprennent et transforment des matières qui deviennent des objets d’affirmation, ou alors donnent de nouvelles fonctions à des objets déclassés mis au rebut pour être remplacés par d’autres objets plus neufs.

Sans le recyclage, sans la quête perpétuelle des astuces permettant de réutiliser ce qui est considéré comme jetable, notre quotidien croulerait sous le plastique, le verre, le carton et le papier…

L’art de la récup’, qui réduit, réutilise et recycle les produits issus de l’industrialisation de masse permet de diminuer l’impact de la surconsommation sur les ressources naturelles et donc préserve l’environnement, tout en permettant le développement d’une économie plus rationnelle et plus mesurée.

Le recyclage qui valorise les «déchets d’oeuvres» et l’«ordure-art» peut faire réagir et faire bouger les choses. Ce qui donne tout son sens ici à l’assertion de ce monument de la littérature russe qu’est Dostoïevski pour qui, «l’art sauvera le monde».

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